VI Toxine botulique et traitements de la spasticité
1/ Généralité sur les traitements de la spasticité de l’adulte :Les traitements non toxiniques reposent tous sur la même triade : antispastiques oraux, liorésal intra-thécal, neurolyses (chimiques ou chirurgicales).Les antispastiques oraux s’utilisent en cas de syndrome spastique diffus (hémicorps, 4 membres). La « pompe à lioresal » s’utilise en cas de spasticité « régionale » atteignant les 2 membres inférieurs, le plus souvent par lésion médullaire (para/ tétraplégie, traumatique ou SEP), après échec des précédents. Les neurolyses chimiques (alcoolisations : réversibles) ou chirurgicales (neurotomies : irréversibles), sont proposées en cas de syndromes spastiques focaux installés (à distance de la lésion). Les anti-spastiques oraux sont peu efficaces en cas de spasticité focalisée sur un seul groupe musculaire (membre supérieur de l’hémiplégique), et les neurotomies comportent des risques, majorés en cas de nerfs mixtes. La sélectivité et la réversibilité de la toxine permet d’éviter ces deux écueils.
3/ Les effets indésirablesLes effets indésirables à court terme les plus fréquents sont la faiblesse musculaire excessive du muscle injecté (posologie trop forte ou susceptibilité individuelle élevée) et un déficit des muscles avoisinants par diffusion locale ou de l’ensemble de la musculature par diffusion systémique (sanguine). Des effets généraux ont parfois été décrits par passage de faibles quantités de toxine dans la circulation : faiblesse généralisée, syndrome grippal ou véritable syndrome botulism-like, probablement. De toutes façons des précautions sont prises pendant la procédure d’injection pour s’assurer que l’on est bien dans un muscle – et le bon – par stimulation électrique via l’EMG, et que l’on n’est pas dans un vaisseau (par aspiration systématique du piston de la seringue avant d’injecter), on ne risque pas de reproduire un botulisme expérimental. Tout au plus, et c’est l’explication des phénomènes généraux observés à type de faiblesse, de syndrome grippal ou « botulism-like », une très faible proportion (2 à 3% du produit injecté) de la toxine aurait une réabsorption par la microcirculation capillaire locale, avec un retour donc dans la circulation sanguine. C’est ce qui explique que sur d’autres muscles très faibles (par ex ceux du carrefour ORL) chez certains patients cérébro-lésés lourds comme les LIS, il faille être prudents, car ce passage de toxine, même en quantités très faibles dans la circulation, peut être suffisant pour paralyser des muscles phonatoires et/ou de la déglutition déjà en très peu fonctionnels. Cela peut donc conduire à une aggravation temporaire de quelques semaines des troubles des la déglutition, voir des pneumopathies d’inhalation et à une aggravation de la dysarthrie heureusement sont entièrement réversibles.Des cas exceptionnels de troubles de la déglutition ou leur aggravation (et donc de pneumopathie d’inhalation) ont été décrits chez des enfants IMC, dans des cas d’avc massifs du tronc cérébral comme les LIS, voir en cas de SEP. Le point commun de ces cas serait l’atteinte diffuse du cerveau et l’atteinte de la sphère ORL (troubles de la parole et de la déglutition). Le passage sanguin de toxine venant aggraver ces derniers troubles, les pneumopathies d’inhalation seraient plus probables ayant des troubles préexistants de la déglutition. Ces cas ont fait l’objet d’une alerte sanitaire au niveau européen et français. Il convient donc d’être extrêmement prudent avec la toxine botulique chez les LIS. Les doses utilisées ne doivent pas dépasser les 2/3 de la dose utilisable, soit 600 unités Dysport ou 150 Botox, pour une première injection pour un adulte.De manière générale, la toxine est formellement contre-indiquée en cas de grossesse ou d’allaitement, de myasthénie, de SLA, de syndrome de Lambert-Eaton ou d’hypersensibilité connue à la toxine. Son utilisation doit être prudente en cas de traitement par curarisants, aminoquinoleines (Chloroquine), cyclosporine ou aminosides.